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L'Europe de la
seconde moitié du 19ème siècle est marquée par le développement
des sciences et des techniques qui révolutionnent l'économie
industrielle et la société urbaine.
Face au patronat, un prolétariat grandit, dont les syndicats et
certains partis politiques se font les défendeurs.
En France, une bourgeoisie libérale républicaine, héritière de
89, à l'esprit voltarien, manifeste le souci d'effacer les
inégalités sociales nées de la Révolution Industrielle.
Son désir, sa volonté de conduire l'humanité toute entière vers
plus de bonheur implique le principe d'égalité des droits entre
tous les humains, femmes comprises.
Après la Révolution de 1848 le mouvement pour l'émancipation
féminine se développe : des sociétés "féministes" se créent;
elles sont animées par des femmes qui jouent, de par leur
situation, un rôle marquant dans la société, et par des hommes
politiques ou francs-maçons, féministes convaincus. En 1866 se
forme entre autres la Société pour la revendication des droits
de la femme, dont une des fondatrices est Maria Deraismes, femme
de lettres née en 1828.
Parallèlement à l'action des sociétés féministes profanes,
certaines Loges maçonniques émettent le vœu de conférer aux
femmes la totalité des droits octroyés aux hommes, y compris le
droit à l'initiation maçonnique.
Les différentes Obédiences maçonniques repoussent cette idée,
qui fait cependant son chemin dans le Salon de Maria Deraismes,
fréquenté par l'opposition radicale qui compte de nombreux
maçons.
En 1868, le Grand Orient de France, réagissant aux violentes
attaques maçonniques et antiféministes des milieux cléricaux,
organise des conférences pour faire connaître son opinion.
Il propose à Maria Deraismes d'en inaugurer le premier cycle.
Elle accepte, saisissant l'occasion de faire entendre la voix
des femmes.
Quelques années plus tard, un médecin et conseiller municipal de
Paris, Georges Martin, né en 1844 et initié à la Maçonnerie en
1879, est, parmi les fondateurs de la Grande Loge Symbolique
Ecossaise, un de ceux qui proposent l'initiation des femmes.
Aussi soutient-il l'action de la Loge "Les Libres Penseurs" à
l'Or.'. du Pecq quand celle-ci, se déclarant indépendante de la
Grande Loge Symbolique Ecossaise, décide d'initier Maria
Deraismes. Celle-ci est initiée aux trois premiers grades le 14
janvier 1882.
Mais aussitôt toutes les Obédiences, y compris la Grande Loge
Symbolique Ecossaise, déclarent cette initiation "irrégulière".
La Loge du Pecq elle-même finit par se diviser à ce sujet, et à
la grande majorité revient dans le sein de son Obédience.
Maria Deraismes se retire alors de la Loge pour ne pas nuire à
la vie maçonnique des Frères qui ont eu le courage de l'initier
et de faire "qu'elle est et reste pour toujours Maître-Maçon".
Et elle continue à militer dans la société profane pour
l'amélioration de la conduite féminine.
Quant à Georges Martin, il s'efforce de convaincre de plus en
plus de Maçons à une Maçonnerie féminine plutôt qu'à une
Maçonnerie d'adoption souchée sur la Maçonnerie masculine.
Mais les années passent et rien de concret n se fait jusqu'au
moment où Georges Martin devient Vénérable de la Loge de la
Grande Loge Symbolique Ecossaise "La Jerusalem Ecossaise", et
propose aux Loges des diverses Obédiences la création de Loges
mixtes. Les réponses sont plus qu'évasives. La "Jerusalem
Ecossaise" étudie alors et adopte en mai 1891 un projet de
constitution de Loges mixtes indépendantes.
La Grande Loge Symbolique Ecossaise restant hostile à cette
idée, Maria Deraismes et Georges Martin prennent la décision de
créer un Loge mixte indépendante de toute Obédience. A cette
fin, et à partir du 1er juin 1892, Maria Deraismes rassemble
chez elle, 72 rue Cardinet à Paris, des femmes d'une grande
valeur morale, qui militent activement dans les sociétés
féminines et féministes.
Le 14 mars 1893, elle en initie 16 au 1er degré, les fait passer
Compagnons le 24 mars 1893, et les élève à la Maîtrise le 1er
avril suivant.
Ce même jour, Georges Martin est affilié, et la Loge ainsi
constituée devient mixte.
Le 4 avril 1893, les Sœurs et Frères fondateurs signent la
Charte de la "Grande Loge Symbolique Ecossaise Mixte de France
LE DROIT HUMAIN", qui est reconnue par la loi française, la
copie de ce document étant déposée au Ministère de l'Intérieur.
La Loge s'installe 23 rue Jacob. Elle se veut ouverte à tous,
sans distinction de sexe, de race, de nationalité, de religion
ou de philosophie. Elle est présentée comme une réussite du
féminisme par la Société "pour l'amélioration du sort de la
femme et de la revendication de ses droits", dont les bulletins
signalent les activités des maçons dans la vie profane.
Les travaux en Loge portent sur les droits politiques et civils
de tous, à tous les niveaux, sur le renforcement des accords
internationaux en faveur de la Paix, sur l'affirmation et la
défense de la place de la femme et de l'enfant dans la société.
Le 12 janvier 1895 la Loge adopte le rapport de son Orateur
Georges Martin sur "l'énoncé de la doctrine du "DROIT HUMAIN"
qui étend la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de
1789 aux deux sexes.
Le travail dans et hors du Temple aboutit à certains résultats
concrets. Les femmes obtiennent notamment le droit de vote pour
ceux des magistrats dont la fonction est élective, et la loi de
1897 leur confère le droit d'être témoins dans les actes d'état
civil.
La mort de Maria Deraismes, survenue le 6 février 1894, n'arrête
pas l'essor de la Loge LE DROIT HUMAIN. La Sœur Anne
Féresse-Deraismes, sœur de Maria, lui succède, puis passe le 1er
maillet à la Sœur Marie-Georges Martin qui le gardera jusqu'en
1911.
La Loge compte en 1895 une cinquantaine de membres, mais doit
affronter le difficile problème des locaux. Georges Martin crée
alors la Société Civile Immobilière au capital de 15.000 frs,
dont le siège social se trouve 51 rue Cardinal Lemoine. Deux
Temples y sont aménagés.
Le 1er Temple est inauguré le 28 novembre 1897. Juste retour des
choses! La Loge masculine "La Jerusalem Ecossaise" devient
locataire de la Société Civile.
Le rayonnement de la Loge LE DROIT HUMAIN est tel que de
nombreux féministes, hommes et femmes, demandent l'initiation ou
l'affiliation dans la Maçonnerie mixte. Il s'avère nécessaire
d'éssaimer; à Paris, en province et à l'étranger. LE DROIT
HUMAIN à l'Orient de Paris devient la Loge-Mère d'un Ordre
Maçonnqiue Mixte International.
Le vœu de ses fondateurs devient Réalité : la Maçonnerie s'ouvre
indistinctement à tous les êtres humains. |
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